L'Histoire par l'image 1789-1939

L'Histoire par l'image 1789-1939
Hors-série Napoléon Bonaparte
Réunion des musées nationaux en partenariat avec la Direction générale des patrimoines

Portrait de la comédienne Harriet Smithson

Harriet Smithson.

© Photo RMN - R. G. Ojeda

Agrandissement - Zoom

Titre : Harriet Smithson.

Auteur : Edouard DUBUFE (1819-1883)
Date de création : 1830
Date représentée : 1830
Dimensions : Hauteur 40.5 cm - Largeur 32.5 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée Magnin (Dijon) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 99-001306 / 1938F308


Contexte historique

Ophélie en 1827 à l’Odéon

La comédienne irlandaise Harriet Smithson (1800-1854) fit sa première apparition sur scène en 1815 au Crow Street Theatre de Dublin, puis joua trois ans plus tard à Londres au Théâtre de Drury Lane. Si elle connaît un certain succès en Angleterre, c'est en France qu'elle déclenche véritablement l'enthousiasme, au Théâtre de l'Odéon, en septembre 1827. Elle incarne alors avec un éclat inconnu le personnage d' Ophélie dans la tragédie de Shakespeare Hamlet. On peut ainsi lire dans la presse de l’époque que son apparition « parée bizarrement avec des fleurs et de longs brin de paille », avec « son chant plaintif » et « ses sanglots si vrais » a subjugué le public. Le journal Le Globe, emblème des premiers romantiques est surtout frappé par la folie qui s’empare d’Ophélie, une fois son père mort, assassiné par Hamlet: « Miss Smithson a un abandon de manières, un désordre de mouvements, une irrégularité et pour ainsi dire un décousu de gestes et de paroles… on a craint qu’elle ne finisse par des convulsions. ». C'est en la voyant sur scène que le compositeur Hector Berlioz tomba éperduement amoureux d'elle, avant de l'épouser en 1833.


Analyse de l'image

Harriet Smithson et les peintres

Le portait d'Harriet Smithson dans le personnage d'Ophélie envahit les peintures et les lithographies de l'époque romantique. On la retrouve ainsi représentée chez Deveria, Boulanger, Dubufé, Ducarme, Langlumé ou Valmont. Le peintre Claude-Marie Dubufé (1790-1864) fréquenta à ses débuts l'atelier de David, avant de commencer une longue carrière de portraitiste dans la noblesse et la haute bourgeoisie. Il représenta aussi les grandes artistes de son temps, Giuditta Pasta ou Harriet Smithson. L'actrice est ici représentée parée d'une belle robe en soie, agrémentée d'un nœud bleu en satin et de bijoux en or. Son vaste décolleté permet de dégager la nuque et le buste de la comédienne dans une composition qui concilie élégance, féminité et une certaine sensualité. Les grands yeux noirs inspirés et la chevelure souple sont caractéristiques des portraits que le peintre faisait du beau monde.


Interprétation

Ophélie révélée

Le rôle joué par les spectacles en général et le théâtre de Shakespeare en particulier dans la naissance du sentiment romantique en France est fondamental. Dans ce cadre, les comédiennes occupent une place tout à fait privilégiée, en participant fortement à l'imaginaire romantique. La découverte du Hamlet en 1827, au théâtre de l’Odéon, représente ainsi un événement majeur dans l'histoire du XIXe siècle, Harriet Smithson ayant véritablement bouleversé les esprits dans le personnage d’Ophélie. Avec son jeu aux accents « réalistes », mêlant vitalité et démence, elle parvient à forcer les réticences françaises envers les personnages dérangés, et aura un impact considérable sur les sensibilités de sa génération, en inspirant à Berlioz, une ballade, La mort d’Ophélie, et en fournissant un sujet à de nombreux artistes, récurrent chez Delacroix. Sa fin tragique, son aliénation progressive, son désir d’évasion dans la noyade, et ses chants mystérieux confèrent à la scène une forte puissance poétique source d’une beauté enchanteresse pour l’esprit romantique français. Ophélie devient ainsi leur muse, la référence des romantiques malheureux et incompris dans leur siècle, une peinture lyrique du mal de vivre qui habitait déjà les personnages de Werther ou de René chez Goethe et Chateaubriand.

Auteur : Catherine AUTHIER


Bibliographie

  • Bram DJIKSTRA, Les idoles de la perversité, Paris, Seuil, 1992.
  • Anne-Martin FUGIER, Comédiennes. Les Actrices en France au XIXe siècle, Paris, rééd. Complexe, 2008.
  • Anne Martin-FUGIER, Les Romantiques, Paris, Hachette, La Vie quotidienne, 1998.
  • Mario PRAZ, La chair, la mort et le diable dans la littérature du XIXe siècle, Paris, Denoël, 1977.
  • Jean-Claude YON, Histoire culturelle de la France au XIXe siècle, Paris, Colin, 2010.

Mots-clés

portrait - romantisme - Shakespeare - théâtre

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