L'Histoire par l'image 1789-1939

L'Histoire par l'image 1789-1939
Hors-série Napoléon Bonaparte
Réunion des musées nationaux en partenariat avec la Direction générale des patrimoines

Hamlet de Shakespeare traité par Delacroix

Reproches d'Hamlet à Ophélie. Reproches d'Hamlet à Ophélie.
Eugène DELACROIX.
Le chant et la folie d'Ophélie. Le chant et la folie d'Ophélie.
Eugène DELACROIX.
Le suicide d'Ophélie. Le suicide d'Ophélie.
Eugène DELACROIX.
Reproches d'Hamlet à Ophélie.

© Photo RMN - Droits réservés

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Titre : Reproches d'Hamlet à Ophélie.

Auteur : Eugène DELACROIX (1798-1863)
Technique et autres indications : Suite lithographique "Hamlet" : Reproches d'Hamlet à Ophélie. "Va-t-en dans un couvent !" Acte III, scène I
Lieu de Conservation : Musée Eugène Delacroix (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 71-008347

Le chant et la folie d'Ophélie.

© Photo RMN - R. G. Ojeda

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Titre : Le chant et la folie d'Ophélie.

Auteur : Eugène DELACROIX (1798-1863)
Date de création : 1834
Technique et autres indications : Suite lithographique "Hamlet" : Le chant et la folie d'Ophélie. "Son linceul blanc comme neige était parsemé de fleurs".
Lieu de Conservation : Musée Eugène Delacroix (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 92-004840

Le suicide d'Ophélie.

© Photo RMN - R. G. Ojeda

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Titre : Le suicide d'Ophélie.

Auteur : Eugène DELACROIX (1798-1863)
Technique et autres indications : Suite lithographique "Hamlet" : Le suicide d'Ophélie. "Et d'abord ses habits étalés et flottantsla soutiennent sur l'eau pendant quelques instants."
Lieu de Conservation : Musée Eugène Delacroix (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 92-004851


Contexte historique

La découverte de Shakespeare

Sous l’influence du premier traducteur de Shakespeare en France, Ducis, se constitue dès l'Empire, un certain intérêt pour le théâtre anglais. Débute alors une vogue d'anglomanie qui s'épanouit à Paris, sous la Restauration. L'intelligentsia et la haute société se passionnent pour la littérature de Byron, la peinture de Constable et même le style vestimentaire à l'anglaise, à l'origine du dandy. Au Théâtre Italien de Paris, la création du drame shakesperien Otello de Rossini (le 5 juin 1821) représente un événement capital dans l’histoire des spectacles au XIXe siècle. L’opéra précède en effet la venue des comédiens anglais de la troupe Penley au Théâtre de la Porte Saint-Martin en 1822 qui déclenchera un vaste mouvement de découverte de Shakespeare, étroitement associé à la naissance du drame romantique et de son pendant musical, le grand opéra. Delacroix a pu, pour sa part, approfondir dans le texte sa connaissance du grand dramaturge dès 1820, grâce à Charles Soulier qui lui enseigne l'anglais. Mais c'est en mai 1825 qu'il découvre, lors d'un voyage à Londres, l'énergie des personnages shakespeariens dans Richard III, Henri VI, Othello et La Tempête. Deux ans plus tard, comme Hugo, Vigny, Dumas, Nerval et Berlioz, il assite aux représentations d'Hamlet à l'Odéon. Le peintre consacrera à Shakespeare une vingtaine de peintures entre 1824 et 1859 dont la moitié traite d'Hamlet.


Analyse des images

Delacroix et Hamlet

Delacroix a appris les techniques du métier de l'eau forte et de la lithographie dans les années 1820. Il essaie d'abord de faire des caricatures et des planches documentaires avant d'aborder, après ses premiers succès au Salon, le portrait gravé, puis l'illustration avec ses premiers chefs d'oeuvre: Faust et Hamlet. Il y révéle un réel intérêt pour le noir et blanc qui complètera pendant toute son oeuvre son travail sur la couleur, dans un équilibre entre la peinture, l'estampe et le dessin.

La suite lithographique que Delacroix consacre à Hamlet entre 1834 et 1843 constitue le témoignage le plus complet de l'admiration que le peintre a porté toute sa vie à l'oeuvre de Shakespeare. Il ne s'agit nullement d'une illustration harmonieuse des cinq actes de la pièce de théâtre mais de véritables créations où fusionnent les impressions de théâtre de l'artiste les plus chargés, à ses yeux, d'intensité émotionnelle.

On relève pour les trois estampes un parti pris d'austèrité avec très peu de personnages, un décor réduit à l'essentiel et un cadrage très resserré sur les figures qui met en valeur l'expression des attitudes et des visages.

La scène du cabinet où Hamlet vient à la rencontre d'Ophélie rappelle dans la composition et le décor « Marguerite au rouet ». On y découvre une Ophélie, hésitante, prostrée, assise en pleine lumière, ses jambes dans l'ombre, les mains crispées sur ses genoux. Elle a l'air accablé pendant qu'Hamlet la regarde par-dessus son épaule et la repousse, le bras tendu vers elle. L'emploi du clair-obscur et des diagonales tranchantes soulignent la tension générale dans le tableau malgré une certaine naïveté dans le dessin qui trahit, selon Yves Bonnefoy, un trouble profond chez l'artiste.

L'estampe évoquant la scène du chant et de la folie d'Ophélie semble directement issue des souvenirs de théâtre du peintre. On y retrouve les artifices spéciaux qu'employa l'actrice irlandaise et qui frappèrent le public de l'époque et dont rend compte la presse: « ses soupirs, sanglots, frémissements, ses cris fous, ses chants, ses silences, ses yeux bleus expressifs et sa peau blanche, la voix qui tombe et l'emploi inventif d'un long voile noir la rend immédiatement palpable comme folle. »

La mort d'Ophélie est un sujet qui inspirera le peintre toute sa vie (il en fera trois versions en peinture). Dès sa jeunesse, Delacroix s'intéresse au thème traditionnel des jeunes femmes au bain, copie les naïades peintes par Rubens pour L'embarquement de Marie de Médicis (musée du Louvre), faisant preuve d'une véritable science des reflets lumineux sur les chairs mouillées, mais aussi d'une certaine maladresse dans le rendu des objets flottants. Le cadrage horizontal de la scène, la position du corps allongée avec une main qui s'accroche encore aux branches, son aspect d'esquisse accentuent le caractère tragique et irrémédiable de la mort. Il décrit lui-même la mort par noyade d'Ophélie comme « une branche fleurie à demi-tombée dans les flots. »


Interprétation

Absence de succès

Illustrant le rôle essentiel joué par le théâtre dans la naissance du romantisme, les gravures de Delacroix ne remportèrent pourtant aucun succès auprès du public, et L'Artiste alla même jusqu'à évoquer des « pages désolantes » que l'artiste aurait mieux fait de garder dans ses cartons. Certains critiques d'art précurseurs comme Paul de Saint-Victor dans La Presse du 31 mai 1864 furent cependant enthousiasmés :

Relisez Hamlet en le confrontant avec les lithographies d'Eugène Delacroix, le drame prendra vie et souffle et s'illuminera de lueurs nouvelles. Il a revêtu de leur forme propre les personnages flottants entre la vie et le rêve; on ne saurait désormais les imaginer sous d'autres traits que ceux qu'il leur a prêtés. [...] . Eugène Delacroix avec son sens profond des choses poétiques, a compris qu'Hamlet était avant tout un drame mystérieux, et que vouloir l'interpréter trop littéralement, ce serait en quelque sorte, violer un sépulcre.

Auteur : Catherine AUTHIER


Bibliographie

  • Bram DJIKSTRA, Les idoles de la perversité, Paris, Seuil, 1992.
  • Anne-Martin FUGIER, Comédiennes. Les Actrices en France au XIXe siècle, Paris, rééd. Complexe, 2008.
  • Anne Martin-FUGIER, Les Romantiques, Paris, Hachette, La Vie quotidienne, 1998.
  • Mario PRAZ, La chair, la mort et le diable dans la littérature du XIXe siècle, Paris, Denoël, 1977.
  • Jean-Claude YON, Histoire culturelle de la France au XIXe siècle, Paris, Colin, 2010.

Mots-clés

romantisme - Shakespeare - théâtre

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