© Photo RMN - H. Lewandowski
Titre : Alexandre Natanson.
Auteur : Félix VALLOTTON (1865-1925)
Date de création : 1899
Date représentée : 1899
Dimensions : Hauteur 81 cm - Largeur 65 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-519804 / RF2005-7
© Photo RMN - H. Lewandowski
Titre : Marthe Mellot.
Auteur : Félix VALLOTTON (1865-1925)
Date de création : 1906
Date représentée : 1906
Dimensions : Hauteur 80 cm - Largeur 65 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 99-005034 / RF1977-350
© Photo RMN - H. Lewandowski
Titre : Misia à sa coiffeuse.
Auteur : Félix VALLOTTON (1865-1925)
Date de création : 1898
Date représentée : 1898
Dimensions : Hauteur 36 cm - Largeur 9 cm
Technique et autres indications : Détrempe sur carton.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 04-001662 / RF2004-1
La floraison des petites revues d’avant-garde
Les années 1880 et 1890, âge d’or de la presse en France, voient l’éclosion d’une multiplicité de revues littéraires et artistiques. Celles-ci bénéficient de la récente loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, mais aussi des progrès techniques de reproduction favorisant l’insertion de l’image sur la page imprimée. Ces petites revues, au tirage restreint et à la diffusion souvent limitée à un cercle d’initiés, se présentent comme une voie d’expression privilégiée pour les nouvelles tendances littéraires et picturales. Elles permettent à leurs collaborateurs d’échapper à un secteur éditorial en cours d’industrialisation et à un contexte artistique officiel relativement peu ouvert aux innovations. Ces revues favorisent en outre la communication entre tous les secteurs de la création : poésie, théâtre, musique, peinture, estampe...
La plus célèbre d’entre elles, avec la Plume de Léon Deschamps, est sans doute la Revue blanche. Née en Belgique en 1889, la revue prend véritablement son essor lors de son transfert à Paris en octobre 1891 où elle paraîtra jusqu’en 1903. Elle doit son existence à la volonté de deux frères, Thadée (1968-1951) et Alfred (1873-1932) Natanson, ainsi qu’à la générosité d’un troisième, Alexandre (1867-1936), qui assume les responsabilités administratives et financières.
La famille Natanson et son réseau
Ces trois portraits de Félix Vallotton nous livrent de nombreuses informations sur la famille Natanson, indissociables de l’esprit de la Revue blanche.
Alexandre, l’aîné de cette famille juive d’origine polonaise, est représenté de manière frontale et classique sur un balcon à balustrade dorée. Sa pose est très droite, presque rigide, à peine détendue par sa jambe droite croisée. Son habit de ville de couleur beige est légèrement égayé par une cravate à rayures violettes, introduisant une petite touche de fantaisie. Subtilement, par sa fixité, le portrait procure une impression de solennité et de richesse, tout en dégageant un sentiment de tristesse. On saisit ainsi toute l’importance du statut et du rôle joué par Alexandre au sein de la revue, dont il fut le directeur généreux et audacieux, mais l’on perçoit aussi la fragilité de son profil psychologique. Victime d’une dépression, c’est en effet lui qui décidera de mettre fin à l’aventure du titre en avril 1903.
Marthe Mellot, comédienne, est l’épouse d’Alfred, le plus jeune des trois frères, à l’origine de la création de la revue en 1889 et animant la chronique théâtrale. Vallotton livre de la jeune femme un portrait intime : assise sur un fauteuil, devant un fond neutre, Marthe présente un visage penché à l’expression rêveuse, tandis que sa robe à motif fleuri réveille les tonalités très douces de la composition. Ce portrait d’une grande simplicité révèle les relations amicales entretenues par Vallotton avec l’ensemble du clan des Natanson ; il évoque aussi l’ouverture de la Revue blanche à l’univers dramatique.
A travers le portrait de Misia, enfin, Vallotton rend hommage à l’une des personnalités les plus influentes du cercle de la Revue blanche : l’épouse de Thadée, directeur éditorial et critique d’art. Misia est figurée s’observant dans son miroir, au dessus de sa table de toilette. L’intimité de la scène est renforcée par la présence du rideau dévoilant le personnage. L’artiste met ainsi l’accent sur la coquetterie et la féminité du modèle, qui entretient des relations de séduction avec bien des collaborateurs de la revue, poètes et peintres. Le rôle de ces derniers est d’ailleurs discrètement évoqué par l’estampe accrochée au mur, allusion aux travaux de Vallotton pour la Revue blanche.
Le rayonnement de la Revue blanche
Le cercle fondateur de la Revue blanche apparaît ainsi très étroitement lié aux peintres nabis, et contribue fortement à valoriser leur art. Ce soutien passe par les textes critiques de Thadée Natanson et par la diffusion des œuvres. De 1893 à 1895, chaque numéro présente en frontispice une estampe originale ; des expositions sont organisés et des affiches commandées à Bonnard ou à Toulouse-Lautrec. Vallotton occupe une place privilégiée avec la reproduction de ses bois gravés dans plus de 60 livraisons. La revue offre ainsi une visibilité non négligeable à ces peintres gravitant hors des milieux officiels. Elle prend également parti en faveur de l’Art nouveau, et joue le rôle de mécène en commandant en 1900 l’aménagement de ses bureaux à Henry Van de Velde. La finesse de ses choix en matière littéraire et théâtrale contribue également à son rayonnement, grâce à la participation critique d’André Gide, de Gustave Kahn, d’Alfred Jarry et à la publication de textes de Verlaine, de Jules Laforgue ou de Mallarmé.
Enfin, la Revue blanche se distingue par ses tendances anarchistes à travers son secrétaire de rédaction, Félix Fénéon, et par son engagement politique en faveur de Dreyfus. Elle bénéficiera des retombées positives de l’Affaire, tirant à son apogée jusqu’à 10 000 exemplaires, chiffre considérable pour une revue d’avant-garde.
Auteur : Fabienne FRAVALO
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